à
Eleusis, 
"des V.I.P. chez les déesses"
Par un lumineux après-midi de février
2009,
je suis allée glaner pour vous quelques belles inscriptions
dans le sanctuaire d'Eleusis.
Et si j'ai appelé cette page, d'une façon
volontairement provocatrice et anachronique,
"des V.I.P. chez les déesses",
c'est que
les bases de
statues que j'ai pu photographier sur le site,
qui datent toutes
de
l'époque impériale,
c'est-à-dire du Ier au IIIe s. après
J.C.,
sont à la
mémoire et à la gloire de membres
des quelques grandes familles
qui occupaient
à Eleusis les fonctions les plus
prestigieuses.
J'ai préparé ces pages web sur Eleusis en
utilisant les ouvrages suivants :
- G.E. Mylonas,
Eleusis
and the Eleusinian Mysteries, Princeton, 1972 ;
- K. Clinton,
Eleusis.
The Inscriptions on stone. Documents of the
Sanctuary of the two
Goddesses and Public Documents of the Deme,
Athènes, 2005 ;
- S. Follet,
Athènes
au IIe et au IIIe siècle, Les Belles Lettres,
Paris, 1976 ;
- Bernadette Puech,
Orateurs
et sophistes grecs dans les inscriptions d'époque
impériale, Paris, 2002.
Je remercie le professeur Paul Demont qui m'a aidée
à traduire l'une des épigrammes.
Voici tout d'abord un plan
très
simplifié du
site,
pour situer quelques monuments importants du sanctuaire,
et pouvoir localiser ensuite les pierres qui portent les inscriptions
que je vous
présente.
1: arc de
triomphe |
2
: puits Kallichoros |
3
: grands Propylées |
4
: petits Propylées |
5
: degrés dans le rocher
et autel |
6:Télestérion,
où se passait l'initiation. |
7:Anactoron
(?) |
8
: Portique dit "de Philon" |
9
: espace où sont
de nombreuses bases inscrites |
10:musée |
En quelques mots, évoquons la légende
de Dèmèter et Corè.
La déesse Dèmèter, indispensable
à la vie des hommes
puisque c'était grâce à elle que
poussaient les
céréales, avait une fille, appelée
Corè, ce
qui signifie "jeune fille".
Un jour de printemps où cette belle
jeune fille se promenait dans une prairie parmi les fleurs,
le dieu des morts, Hadès, venu du monde des Enfers jouir un
peu de la lumière,
l'aperçut, et tombant aussitôt amoureux d'elle, il
l'enleva et l'emporta dans son palais souterrain,
pour faire d'elle la reine des Enfers, sous le nom de
Perséphone.
Dèmèter, ne voyant pas revenir sa fille
chérie, se mit à la chercher partout,
se lamentant et poussant le désespoir jusqu'à
oublier sa tâche essentielle qui
était de faire pousser le blé.
Sa quête infructueuse dura si longtemps que les hommes
n'eurent bientôt plus de quoi manger,
et peu à peu mouraient tous de faim.
Alors Zeus convoqua son frère Hadès, pour faire
cesser ce désordre de la nature.
Et il fut décidé entre eux que la jeune fille
resterait chaque hiver sous terre chez son époux,
mais remonterait au printemps sur terre pour passer toute la belle
saison avec sa mère.
Belle légende pour rendre compte du cycle des saisons.
J'ai oublié de vous dire que dans son désespoir
Dèmèter avait trouvé refuge chez le
roi et la
reine d'Eleusis,
et qu'en remerciement pour leur accueil elle donna à leur
fils Néoptolème un épi de
blé
et lui apprit comment le cultiver, afin que lui-même puisse
transmettre aux hommes cet enseignement.
Dèmèter, Triptolème et
Corè. Musée d'Eleusis. L'original
est au musée national archéologique
d'Athènes,
et
une copie d'époque romaine se trouve au
Metropolitan Museum à New York.
Pour de plus amples renseignements sur cette légende, et
surtout
pour accéder aux textes anciens qui l'évoquent,
visitez
ce
site.
Les Mystères
d'Eleusis, rites d'initiation
célébrés pendant toute
l'Antiquité,
ne perdirent rien de leur éclat sous l'Empire,
et plusieurs Empereurs romains tinrent à se faire initier,
comme on en verra la trace dans les inscriptions que je vais maintenant
vous présenter.
Les personnages dont on a retrouvé les bases des statues
dans l'enceinte du sanctuaire
avaient tous à un degré ou à un autre
exercé des
fonctions
religieuses importantes.
Voici quelles étaient ces fonctions :
- l'hiérophante,
dont le nom signifie "celui qui montre les objets sacrés",
- le dadouque,
son second, dont le nom signifie "celui qui porte la torche",
- l'
hiérokèryx,
nom qui signifie "héraut sacré",
- la
prêtresse des déesses Dèô
(= Dèmèter) et
Corè,
- le
"prêtre de l'autel", dont nous ne
savons pas grand chose,
- les
"aph'hestias", jeunes enfants de grandes
familles,
initiés au nom de la cité d'Athènes.
|
A vous maintenant de lire ces inscriptions, en cliquant sur les photos
ci-dessous :

dédicaces à Faustine et Sabine,
sur l'esplanade dallée, près du n°2 du plan. |

pour Herennius, sophiste.
à droite de la voie,près du n°5. |

pour Isidotè,
à gauche, entre le
n°5 et le n° 8 |

pour Apellas,
au pied du portique de Philon (n°8) |

pour Apollodotos,
à droite du précédent. |

pour Ménandra,
à droite des deux précédents |

pour Clementianè,
en contrebas du portique de Philon
(n°9) |

pour Epilampsis,
à droite du précédent (n°9) |

pour Praxagora,
à droite des deux précédents (n°9) |

pour Polycharmos,
sous un arbre, dans l'espace herbu n°9 |

pour Themistokleia,
à côté du
précédent (n°9) |

pour Kallistô,
bloc couché à l'ouest du même arbre (n°9) |
Mais avant de vous approcher de chacune de ces inscriptions en cliquant
sur chacune d'elles,
remarquez déjà que beaucoup sont
en
l'honneur de femmes :
Faustine, Sabine, Isidotè, Ménandra,
Clémentianè, Epilampsis, Praxagora,
Thémistokleia,
Kallistô,
ce qui n'est pas très étonnant puisqu'il s'agit
d'un sanctuaire dédié à deux
déesses.
Vous allez découvrir aussi
des
liens familiaux étroits entre beaucoup de ces
personnages.
retour au menu.
contact.