à
Eleusis, 
la base de Marcus Julius Apellas.
Elle se trouve
en bas du portique de Philon, sur cette photo c'est celle de gauche. (Nous irons voir ensuite
celle de droite.)
Et la voici de près, rendue très aisée à lire grace au soleil rasant :
IG II² 2959, vers 160 apr. J.C.
transcription :
 |
traduction :
Les Eumolpides
(honorent d'une statue) l'archonte
Marcus Julius
Apellas
de Marathon, fils de
M(arcus) Julius Damianos de Mylasa,
et de Fl(avia) Polla fille de Fl(avius)
Apellas d'Hypaipa,
sur accord du conseil
de l'Aréopage à leur requête. |
Voilà donc une inscription bien facile et agréable
à lire, agréable aussi pour moi à commenter.
Admirons d'abord cette
belle écriture, très régulière.
Le graveur était un artiste pour ce qui est de la forme des lettres,
mais il était un peu moins "pro" pour calculer l'espace nécessaire à la gravure.
Il a dû diminuer de ligne en ligne la taille de ses lettres
afin de pouvoir faire loger tout le texte qu'on lui avait commandé sur une même "page" !
Il a même parfois été contraint de graver certaines lettres beaucoup plus petites,
par exemple l'omicron du dernier mot de la ligne 5 et de la ligne 8.
Un indice chronologique dans le vocabulaire :
le terme "épérôtèma" = réponse
positive à une requête. Il n'apparaît dans les
inscriptions qu'à partir d'Hadrien.
Deux grandes familles, les Eumolpides et les Kèrykes,
fournissaient traditionnellement les plus hautes fonctions du sanctuaire d'Eleusis :
l'hiérophante était un membre de la famille des Eumolpides,
le dadouque et le héraut sacré étaient choisis parmi les membres de la famille des Kèrykes.
Le fait que notre M.J.Apellas soit honoré par les Eumolpides
doit signifier qu'il a été admis (ajouté) dans
leur clan.
Qui est cet Apellas ?
La réponse à cette question va nous faire voyager, dans le temps mais aussi dans l'espace.
Le personnage honoré ici porte le nom de son grand-père maternel (Apellas).
Si la famille a suivi la tradition, ce doit donc être le second fils de la famille.
Il porte un prénom et un nom romain, suivis de son nom grec, de
même que ses deux parents et son grand père maternel.
Il est donc issu de deux familles qui ont obtenu la citoyenneté romaine,
l'une (sa famille paternelle) sous les premiers empereurs (les Marcus Julius),
l'autre (sa famille maternelle) plus récemment, sous les empereurs de la dynastie flavienne .
Par ailleurs il est originaire de Mylasa en Carie, mais il a obtenu aussi la citoyenneté athénienne,
puisqu'il est dit "du dème de Marathon".
Ce pourrait être le même Marcus Iulius Apellas qui a été honoré par deux décrets
au sanctuaire de Labraunda près de Mylasa (Crampa, n° 58 et 59) et qui est venu à Epidaure
pour obtenir du dieu la guérison de ses maux, à la
suite de quoi il a fait graver sur une stèle conservée au
musée d'Epidaure le récit de sa guérison.
Je vous en donne ici les 7 premières lignes :

IG IV²,1 126— Epidaure — vers 160 apr. J.C., dont je n'ai cité que le début. |
traduction :
Sous la prêtrise de Publius Aelius Antiochos,
Moi, Marcus Julius Apellas, d'Idrias*
et de Mylasa**, ai été convoqué par le dieu,
car je tombais souvent malade
et je souffrais de troubles digestifs.
Pendant ma traversée, à Egine, il m'a ordonné
de ne pas me mettre autant en colère.
Et lorsque je fus arrivé au sanctuaire,
il m'a ordonné de me couvrir la tête pendant deux jours,
durant lesquels il il y eut des averses,
de prendre du fromage et du pain, etc...
|
* Idrias, ou Chrysaoris, importante ville carienne, à 25 km à l'E-SE
de Mylasa**.
refondée ensuite sous le nom de Stratonicée. Nom actuel :
Eskihisar.
Voyons sur la carte :
Quant à Hypaipa, elle se trouvait en Lydie, sur la route
de Sardes à Ephèse, à 4 km au NW de l'actuelle
Ödemiş.
Ce n'était certes pas une capitale, mais elle a eu les honneurs d'un passage des
Métamorphoses d'Ovide :
Au vers 150 du chant IX, lorsqu'il raconte l'histoire de Midas, Ovide cite Hypaipa :
nam freta prospiciens late riget arduus alto
Tmolus in ascensu cliuoque extensus utroque
Sardibus hinc, illinc paruis finitur Hypaepis.
Pan ibi dum teneris iactat sua sibila nymphis...
Traduction :
"Le Tmolos, dont le sommet rocheux s'élève haut
et domine au loin les mers, étend ses pentes, d'un côté, jusqu'à Sardes,
et de l'autre, jusqu'à l'humble Hypaipa.
C'est là que Pan, quand il lance les sons de ses pipeaux vers les tendres nymphes", etc