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Les pierres qui parlent |
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Si on prend le temps de s'approcher des pierres qui jonchent
les sites
archéologiques grecs,
on s'aperçoit qu'elles sont
incroyablement
bavardes.
Car dans l'Antiquité, les Grecs
écrivaient énormément de choses sur
ces pierres.
En fait,
plutôt que de dire : "ils écrivaient", il faudrait
rectifier :
"ils faisaient graver par des artisans", qui étaient
payés au nombre de lettres ou de lignes.
Rude
métier,
où l'erreur n'était pas permise, car la pierre
coûte cher, et puis,
essayez donc d'effacer vos erreurs une fois
que vous avez creusé la pierre !
Maintenant posons-nous plusieurs questions :
En lisant attentivement la suite, vous trouverez des réponses à toutes ces questions !
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image 3 : dans chaque cercle est inscrite l'une des nombreuses victoires remportées par un musicien. A Delphes. | image 4 : honneurs pour un musicien, gravés sur l'ante de gauche du trésor des Athéniens, à Delphes. | image 5 : actes d'affranchissements d'esclaves, sur le mur de soutènement du temple d'Apollon, à Delphes. |
encoches sur le rocher, qui étaient destinées à recevoir des stèles : | voici
ensuite ce qui reste d'une stèle qui avait
été scellée au plomb, à
Messène : |
et enfin voici une des
très rares stèles encore en place, à
Delphes : |
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![]() Sur la pierre, la première lettre de la deuxième ligne est le fameux "digamma", ainsi appelé parce qu'on dirait deux gamma majuscules l'un sur l'autre. Cette lettre, qui servait à noter le son "w" qu'on trouve dans le mot "watt", a très tôt disparu et il est rare qu'on la trouve sur des pierres. |
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![]() Cette inscription est elle aussi très ancienne. L'êta et l'ôméga n'existent pas encore, le "e" long qui sera noté ensuite "ei" non plus. Ils apparaîtront à la fin du Vème siècle av.J.C. D'où l'epsilon et les trois omicron que j'ai soulignés. Par ailleurs l'upsilon a encore la forme d'un V, le thêta a une croix, le phi pourrait se confondre avec un thêta, mais il n'a qu'une barre verticale dans le cercle, le delta ressemble à notre D, et l'aspiration est marquée par un H, qui ensuite servira à noter le ê long. |
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![]() Cette inscription, à l'inverse des deux précédentes, est assez tardive. Deux lettres vous l'indiquent : le sigma en forme de C, et l'ôméga en forme de W arrondi. |
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"Satyros fils d'Eumène, de Samos. (nom de l'homme figuré sur la statue) A lui, le premier et le seul, il est arrivé de se présenter au concours d'aulos sans concurrents (ce qui signifie que personne n'a osé se mesurer à lui !) et d'avoir été jugé digne d'offrir au dieu et aux Grecs, après le concours gymnique, lors du sacrifice, sur le stade pythique, un chant avec choeur, "Dionysos", et une composition à la cithare, tirée des Bacchantes d'Euripide." |
"Etranger, cette pierre rappelle par son décor l'enfant disparu de Terpnos. La terre des morts le renferme, lui, Sophilos, qui a vécu dix-huit ans d'existence. Le sort lui a ravi le cours de sa jeune vie." |
"Ici la terre recouvre l'Asclépiade Maiandros, qui trouva le remède à de nombreuses maladies épuisantes des mortels, écartant le sort funeste de la mort sans espoir. Il avait hérité du talent de son père Maiandros." |
Dans l'image ci-contre, l'homme à qui le Conseil Olympique a accordé des honneurs était un professeur, un "sophiste". Son nom, Flavios, nous indique qu'il vivait à l'époque où les cités grecques étaient sous domination romaine. Il n'est pas de la région d'Olympie, mais de Thessalie, plus au nord encore que Delphes. | ![]() |
Si vous avez bien observé et étudié le décret honorifique ci-dessus, vous allez pouvoir jouer au "pro" et étonner vos amis ! Par exemple si vous découvrez une pierre cassée sur laquelle ne figurent plus que ces quelques pauvres lettres : ![]() vous
savez maintenant qu'il s'agit d'un décret honorifique,
et vous pouvez restituer tout ce qui manque (voir dans l'inscription ci-dessus), excepté bien sûr les noms propres. ![]() Vous
pouvez aussi jouer
au pendu
antique,
et compléter sans problème l'inscription suivante, sachant que chaque tiret correspond à une seule lettre, et que les mots ne sont pas séparés : ![]() |
De très nombreux
textes ont été gravés à
Delphes
sur le beau mur
polygonal qui
apparaît au bas de l'image ci-contre, et qui
soutient la terrasse du grand temple d'Apollon dont on voit
les colonnes. Beaucoup de ces textes, assez longs, sont des actes d'affranchissements d'esclaves. En effet, pour affranchir un esclave, on le "vendait"au dieu Apollon, qui dans sa grande bonté accordait la liberté à l'esclave en question. Une inscription qui porte un tel texte est facile à reconnaître, car ici encore les formules sont toutes identiques, seuls changent les noms des personnes (le vendeur, l'esclave, celui qui se porte garant) ... et le prix de vente, qui varie de 3 à 15 mines. Une mine = 100 drachmes. Sachant qu'au IVe siècle avant J.C. on payait un soldat 10 à 30 drachmes par mois, le prix d'un esclave aurait permis de payer un soldat pendant combien d'années ? |
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Hm...
pas si facile à lire ! Un bon truc lorsque vous serez face à ce mur : Essayez d'avoir un éclairage rasant. Si le soleil ne le permet pas, deux accessoires vous seront bien utiles : une lampe de poche et/ou un petit miroir pour renvoyer les rayons du soleil dans la bonne direction. Sur cette photo, vous devez pouvoir lire au moins deux mots vers le milieu. Un qui signifie "les citoyens" et l'autre qui est un nom de personne qui en français a donné le prénom "Denis". |
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Traduction: à
Apollon Pythien
un corps d'homme (ou de femme, ou d'enfant) dont le nom est : *** né dans la famille (ou d'origine ***) d'une valeur de cinq mines d'argent< (ou trois, ou dix) etc. |