Nous regagnons maintenant
le mur polygonal, dans sa partie montante, et l'inscription
est à hauteur des yeux.
J'ai teinté en vert la zone où se trouve notre
texte :
FD III 3 205, vers 161 av.J.C.
Pour le plaisir, je vous propose ci-dessous deux vues, prises l'une un
jour gris, l'autre un jour ensoleillé.
Vous cliquerez sur chacune pour voir la pierre en détail.
Comme il a dû être difficile de graver un texte sur
une pierre aussi peu lisse !
A la première ligne, déjà, le graveur
a dû
laisser un espace après les deux premières
lettres de

avant de graver la
fin du mot.
A la deuxième ligne, après Dexippou, une rasure
nettement creusée efface sans doute une erreur.
Au début de la ligne 5, le graveur est passé
directement
du A de

au A de

,
et il a corrigé
son erreur en rajoutant

au dessus.
Ligne 6, un sigma oublié a été
rajouté en
plus petit au dessus, à la fin du mot

,
par le
graveur.
Ligne 7, le mot

s'étire
entre des trous de la pierre !
De même ligne 8 pour

,
écartelé de part et d'autre d'un trou.
Ligne 12, on voit bien les fines lignes tracées par le
graveur
comme gabarit des lettres, pour une ligne qui n'a pas
été
utilisée.
Voici maintenant la transcription du texte :
et la traduction (aidez-vous du
vocabulaire)
:
Sous l'archontat
d'Andronikos
fils de Phrikidas, Archôn fils de Kallias et Nikomachos fils
de
Dexippos étant bouleutes pour le deuxième
semestre,
Athambos fils d'Habromachos étant secrétaire, au mois
d'Ilaios,
Eukratès fils de Charès, de Lilaia, a vendu
à Apollon Pythien un "corps féminin", du nom de
Nikoboula, ainsi que tous les vêtements de Nikoboula et ses
bijoux, au prix de quatre mines d'argent, et il a (reçu) la
somme. Garant selon les lois de la cité
Xénokratès
fils de Kallitélès, de Lilaia, (qui certifie que)
Nikoboula a confié au dieu son rachat, afin qu'elle soit
libre
lorsqu'Eukratès quittera la vie ; et que si quelqu'un
réasservissait Nikoboula une fois qu'Eukratès
aura
quitté la vie, la cité de Delphes et toute
personne qui
le voudrait auraient plein pouvoir pour la prendre sous leur protection
et la défendre, sans encourir d'amende ni de
procès.
Témoins : les prêtres d'Apollon Tarantinos et
Amyntas,
et les particuliers Archôn, Kallistratos, Delphiens, et
Timogénès, Timokratès, Kaphis et
Archéstratos, de Lilaia. |
Cette esclave obtient son rachat pour 4 mines (prix dans la fourchette
habituelle de
2 à 6 mines),
à comparer avec
l'acte d'affranchissement n°3, où
une
esclave est vendue 15 mines.
Les témoins sont les deux prêtres d'Apollon
(habituel),
ainsi que 2 Delphiens et 4 habitants de Lilaia (comme le vendeur).
L'esclave, d'après ce texte, ne sera affranchie
qu'à la mort de son propriétaire,
ce qui est donc une forme de
paramonè
même si le mot n'est pas utilisé :
Une curiosité : il est précisé qu'en
plus du
"corps" de l'esclave (terme juridique habituel dans
l'Antiquité),
sont compris dans le lot de la vente tous les
vêtements et les bijoux de cette esclave.