Nous allons maintenant redescendre face à la partie la plus
longue, exposée au sud, du mur polygonal.
On admire à juste titre la qualité de cette
construction qui,
grâce à un ajustement très
précis des pierres entre elles, a permis à ce mur
de résister pendant plus de 2000 ans à bien des
séismes et éboulements.
Mais il est aisé de repérer une fente un peu
large entre les blocs dans la partie orientale de ce mur.
Elle est due à une
catastrophe qui s'est produite en
décembre 1935 : sous l'effet de pluies diluviennes,
le torrent du ravin au dessus du site a tout emporté sur son
passage (
voir
photos CEFAEL BCH
1936).
Il a fallu reconstruire toute la partie arrachée du mur.
Or l'inscription que nous allons lire maintenant se trouve à
droite de la fissure en question,
sur un bloc qui avait été emporté par
le torrent,
comme vous pouvez le constater en comparant la photo du
BCH et celle-ci
:
On a l'impression, avant même de s'approcher,
que la surface de la pierre a été bien
préparée pour recevoir la gravure,
à la différence de l'inscription n°2 que
nous venons de voir.
SGDI
II 2283, entre 153 et 144 av. J.C.
Cliquez sur l'image pour lire plus facilement le texte...
et vous allez vous apercevoir que la surface n'a pas
été si bien préparée que
ça !
Voici la transcription et la traduction :
 |
Sous
l'archontat de
Thrasyklès, au mois de Théoxénios, Dexôndas fils de
Damôn,
Mantias fils de Kléodamos, et
Xénainétos fils de
Sôsinikos étant
bouleutes pour le second semestre, Astoxénos fils de Dionysios a vendu
à
Apollon Pythien un "corps féminin" né dans la
maison, du
nom d'Hilaron, au prix de 15 mines d'argent, en accord avec son fils
Dionysios, et il a bien (reçu) la somme entière.
Garant
selon les lois de la cité : Archôn fils de
Kallias. Si
jamais quelqu'un met la main sur Hilaron pour la réduire en
esclavage,
que le vendeur Astoxénos et le garant Archôn
fournissent
pour le dieu la garantie du rachat. S'ils ne fournissaient pas pour le
dieu la garantie du rachat, qu'ils soient soumis à
une
amende selon la loi de la cité. De même, que les premiers venus aient pleins pouvoirs pour
prendre sous leur protection Hilaron en tant que personne libre, sans encourir ni amende ni procès d'aucune sorte.
Témoins : Les prêtres d'Apollon : Praxias et
Andronikos,
les magistrats : Dexôndas fils de Damôn, Mantias
fils de
Kléodamos, Xénainétos fils de
Sôsinikos, et
les particuliers : Timoxénos de Physkeis,
Xénagoras fils
d'Eukleidas, Sôsylos, Hagiôn fils de Polykleitos,
Xénôn fils de Xénokritos, Dionysios
fils
d'Asandros, Politas fils d'Asandros, Kallias fils d'Archôn,
Stratagos fils de SEILICHOS?. |
Plusieurs observations :
- Le pluriel de "martus" est classiquement "martures", mais à Delphes on trouve concurremment la forme "
marturoi".
- Cette esclave, "née dans la maison", a
été vendue à prix fort (
15 mines),
et le nombre de témoins est plus important que d'habitude
(14, alors qu'il y en a souvent entre 6 et 10).
Quelles qualités exceptionnelles possédait-elle ?
- Comme c'est souvent la cas, le vendeur s'est assuré que
son fils apportait son accord à cette vente
qui après tout le prive d'une part de son
héritage !
- Il est prévu une amende légale, mais dont le montant n'est pas précisé,
si le vendeur et
le
garant ne faisaient pas respecter la liberté de l'esclave
affranchie.
- Parmi les témoins, après les prêtres, sont cités les 3 bouleutes,
désignés comme
"archontes",
ce que nous retrouverons dans d'autres actes d'affranchissement.
Pour éviter toute confusion avec l'archonte éponyme, j'ai traduit "archontes" par "magistrats".
- le premier témoin particulier cité n'est pas de
Delphes, mais de
Physkeis, cité de Locride occidentale :
Pourquoi ???
- enfin le dernier patronyme a été
écrit en majuscules parce qu'il ne correspond à
aucun nom connu,
et que la lecture n'est pas du tout assurée.