initiation à l'épigraphie grecque par Claire Tuan, les cercles d'Epidaure-3.
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Encore 6 cercles d'Epidaure

vue Epidaure

Observons pour terminer 6 autres pierres d'Epidaure
portant elles aussi ces fameux cercles.
Quatre de ces pierres se trouvent le long du mur extérieur du musée,
une à l'intérieur du musée,
et une en plein coeur du sanctuaire, non loin de la tholos.


>>>> La première
, le long du mur extérieur du musée :

IG IV2,1,480

Approchons-nous pour lire l'inscription :

480 inscription
IG IV2, 1, 480    IIe s. apr. J.C.

La flèche du haut montre le numéro : H' = 8

Ensuite nous lisons l'inscription :

Π(όπλιος) Αἴλιος Διονύσιος
ὁ Ἀντιόχου ἱεραπο-
λήσας Ἀσκληπιῷ [καὶ]
τοῖς ἐν τῷ Ἀνακείῳ
θεοῖς.

Poplios (= Publius) Ailios (=Aelius) Dionysios
fils d'Antiochos,
qui a été hiérapole pour Asklèpios
et pour les dieux qui sont
dans l'Anakeion


Et la flèche du bas pointe vers le cercle, que voici :

cercle 480

Cherchez ce cercle ici.

Quelques remarques :

- Qu'est-ce qu'un hiérapole ?
On le retrouve dans de nombreuses inscriptions d'Epidaure, en particulier dans les consécrations d'autels aux divinités.
Nous en avons déjà vu un exemple ici.
On trouve aussi des hiérapoles en Sicile, où ils semblent être le prêtre éponyme de la cité, et ailleurs.
Je garde le nom grec, sans autre précision, n'en sachant pas plus.

- Qui sont les Anakes ?
Ce terme, Fάνακες, désigne les Dioscures, c'est-à-dire Castor et Pollux,
les frères d'Hélène et Clytemnestre.
 
 Pausanias dans son livre 2, chapitre 22, 5-6, au cours de sa description d’Argos, écrit :

«  μετὰ δὲ ταῦτα Διοσκούρων ναός. ἀγάλματα δὲ αὐτοί τε καὶ οἱ παῖδές εἰσιν Ἄναξις καὶ Μνασίνους, σὺν δέ σφισιν αἱ μητέρες Ἱλάειρα καὶ Φοίβη, τέχνη μὲν Διποίνου καὶ Σκύλλιδος, ξύλου δὲ ἐβένου: [...]
6.
πλησίον δὲ τῶν Ἀνάκτων Εἰληθυίας ἐστὶν ἱερὸν ἀνάθημα Ἑλένης...»


ma traduction :
 Ensuite le temple des Dioscures. Les statues représentent eux-mêmes et leurs enfants Anaxis et Mnasinoüs, et avec eux leurs mères Hilaeira et Phoibé ; ce sont des oeuvres de Dipoinos et de Skyllis, en bois d'ébène. [...]
 6. Près des Anaktès est le sanctuaire d’Eilèthyia, consacré par Hélène...



L’anakeion, d’après the Princeton Encyclopedia, était un sanctuaire dédié aux Dioscures,
connu par des inscriptions d'époque romaine.
Il en existait donc un à Argos, d'après Pausanias,
et peut-être un autre à Epidaure, d'après notre inscription.
Un anakeion a aussi existé à Athènes,
il y en avait également un en Phocide (IG IX,1,129).



vue Epidaure



>>>> la seconde
, à l'intérieur du musée :

IG IV 505

Voici son inscription :

IG IV 505
IG IV2, 1, 505   époque impériale...

On lit, un peu difficilement il est vrai :

Ἀρτέμιτος [Σκ]ο-
πελίας. Δαμο-
σθένης πυ-
ροφορήσας.
(Autel)
d'Artémis Skopelia.
Damosthénès
qui a été porte-feu.


Puis on voit bien le cercle avec la flèche d'Artémis, et à sa droite le numéro ξη (68).



vue Epidaure



>>>> La troisième
, le long du mur extérieur du musée :

527 IG IV
IG IG2,1, 527     IIIe s. apr. J.C.

Ecriture très négligée, mais très lisible.
Certes il manque le nom de la divinité, les deux barres verticales peuvent être plusieurs lettres,
mais le cercle donne la solution : il s'agit de Zeus.

[Διὶ]̀ Φιλίῳ,
   Πυροῖος
κατ’ ὄναρ.

A Zeus Philios,
Pyroios,
suite à un rêve.


Et en dessous nous voyons très bien le numéro : νθ (59),
ainsi que le cercle de Zeus avec l'épi.

Qui est l'homme qui a dédié cet autel ?
Il l'a fait "suite à un rêve",
comme l'avait fait Hiéroklès.
Or on sait que ceux qui venaient à Epidaure pour solliciter du dieu leur guérison
devaient s'endormir dans le bâtiment appelé l'abaton,
et là il leur semblait en rêve que le dieu leur indiquait qu'il les guérirait,
mais à condition qu'ils lui fassent un don,
soit la dédicace d'un autel, soit une somme d'argent, soit le sacrifice d'un animal.
De longues inscriptions ont été gravées dans le sanctuaire, qui narrent ces guérisons.
Ce sont IG IV2 1, 121, 122, 123 et 124.




vue Epidaure



>>>> la quatrième
, elle, est loin du musée, dans la zone du sanctuaire qui est proche de la tholos,
dont on aperçoit derrière la pierre les échaffaudages.
Cette pierre par sa forme, avec sa corniche,
fait plutôt penser à une base de statue, et nous verrons pourquoi.

529

Approchons-nous pour lire l'inscription :

inscr529
IG IV2,1, 529
Nous lisons facilement :

Ἡλίωι  Σέλευκος
Ἡρακλίδης Πανγόνωι. 

A Hélios Pangonos,
Séleukos l'Héraklide.


Mais au dessus de cette inscription, nous lisons aussi quelques lettres :

signature

Je discerne : Τ-Ρ-ΝΑΠΕΛΛΙ-ΝΟΣΑ--ΕΙΟΣΕΠΟΙ

et en tapant "apelli" avec le moteur de recherche PHI,
je trouve ce que je supposais : il s'agit de la signature d'un sculpteur
(IG IV2,1, 698, datée du début du IIe s. av. J.C.) :

Τόρων Ἀπελλίωνος Ἀργεῖος ἐποίησε
Torôn fils d'Apelliôn, Argien, a fait.

On trouve la même signature en tête de l'épigramme funéraire d'une Nikarèta à Epidaure
(IG IV2,1, 228, datée très vaguement : VIe-Ier s. av. J.C.) :

Τόρων Ἀπελλίωνος
 Ἀργεῖος ἐποίησε.


ainsi qu'à Trézène, où Torôn signe avec un autre sculpteur
(IG IV 772, IIIe s. av. J.C.) :

Ἀκέστωρ Αἴσχρωνος, Τόρων Ἀπελλίωνος Ἀργεῖοι ἐποίησαν.
Akestôr fils d'Aiskhrôn et Torôn fils d'Apelliôn, Argiens, ont fait.

On voit que l'époque de ce sculpteur doit être comprise entre le VIe et le IIe s. av. J.C.,
mais évidemment il faut se restreindre et supposer qu'il a exercé son art au IIIe s. et peut-être au début du IIe s.
Or la dédicace à Hélios Pangonos est beaucoup plus récente,
l'écriture suffirait à le prouver, avec ses sigma et epsilon lunaires.
On a donc affaire ici au remploi de la base d'une sculpture,
300 ou 400 ans plus tard.

Observons maintenant le bas de notre inscription :

529

Nous reconnaissons le symbole du dieu Hélios, avec ses rayons solaires,
et en dessous, le numéro : ξϛ (66).

Quelques remarques sur la dédicace :

- Hèlios Pangonos :
cette épiclèse du dieu Hélios,
dont la traduction serait "dispensateur de tous les biens",
ou  "créateur de toute chose",
n'est pas connue ailleurs dans l'épigraphie grecque.

- Qui est ce Séleukos l'Héraklide ?
On connaît certes des rois hellénistiques qui se sont appelés Séleukos,
mais d'une part il n'y en a plus à l'époque où cette inscription a été gravée,
et un roi ne se serait pas nommé ainsi.
L'Héraklide est ici une sorte de surnom, et non pas un patronyme (qui aurait été au génitif).
Ce Séleukos, comme d'autres Péloponnésiens, se targue d'appartenir à la glorieuse famille des descendants d'Héraklès.
Revoyons comment un descendant lointain de Polybe était appelé, sur une stèle en son honneur (IvO 487),
"descendant d'Héraklès".





vue Epidaure




>>>> la cinquième
est aussi le long du mur extérieur du musée :

550
IG IV2, 1, 550

Pour faciliter la lecture,
j'ai piqueté les lettres peu lisibles :

lettres piquetées


βωμὸν Παν-
θείωι ἱερεὺς
ἱδρύσατο Δᾶος.

(Cet) autel pour Pantheios
(c'est) le prêtre Daos
(qui)
l'a construit.


Nous avons déjà rencontré ici cette divinité Pantheios, que j'avais appelée la "Toute Divinité",
et nous voyons ci-dessous dans le cercle les 12 points qui représentent
les 12 dieux de l'Olympe :

cercle 550

Quant au numéro, l'éditeur a lu πζ (87).




vue Epidaure




>>>> la sixième
, enfin, également le long du mur extérieur du musée :

553

Elle est assez effacée, mais son cercle se voit bien :
on reconnaît le fouet de Poséidon Hippios,
ainsi que le numéro OZ (77).

Essayons quand même de lire l'inscription :

553
IG IV2, 553     IIIe s. apr. J.C.

On lit bien aux deux dernières lignes la divinité à laquelle est consacré l'autel : Poseidôn Hippios,
et tout à droite, on voit une feuille de lierre.

Mais le début de l'inscription est étrange : plusieurs E tout en haut, à gauche comme à droite.
Puis ΠΙΟ, et à la ligne suivante : ΝΗΣ ΔΗΜΟΣΘΕΝ
et encore en dessous : ΒΩΜΟΝ ΙΔΡ Σ  Α
le sigma et l'alpha étant séparés par les défauts de la pierre,
et enfin : ΤΟ ΠΟΣΕΙΔΩΝΙ
ΙΠΠΙΩΙ

Voici ce que l'éditeur a pu lire finalement :

ἀγα̣[θῆι τύχηι].
ἔτε[ι — — —]
ἱερεὺ[ς Ἀσκλ]η̣-
πιοῦ [Δημοσθ]έ-
νης Δημοσθένου
βωμὸν ἱδρύσα-
το Ποσειδῶνι
Ἱππίωι.
A la Bonne Fortune,
en l'an [- - - ]
le prêtre d'Asklépios
Dèmosthénès
fils de Dèmosthénès
a construit un autel
à Poséidôn Hippios.









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