initiation à l'épigraphie grecque par Claire Tuan, les cercles d'Epidaure-2.
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les cercles d'Epidaure, suite.

vue Epidaure


Pour compléter ce que j'avais présenté dans ma première page sur les cercles d'Epidaure,
je suis retournée consulter plus attentivement
les deux volumes des Inscriptiones Graecae qui recensent les inscriptions découvertes à Epidaure :

--->  les IG IV, composées en 1902 par  M. Fränkel, et qui concernent toute l'Argolide,
---> et les IG IV2, 1,  composées par Fr. Hiller von Gärtringen en 1929, qui ne concernent qu'Epidaure.
Ces deux volumes sont très anciens, et d'autres inscriptions ont été découvertes depuis.

---> J'ai consulté aussi les deux livres de W. Peek parus en 1969 et en 1972
contenant de nouvelles inscriptions du sanctuaire d'Epidaure.
L'ensemble de ces inscriptions est accessible sur la base épigraphique PHI.

---> J'ai également utilisé l'article de Chr. Blinkenberg, "Epidaurische Weihgeschenke"
paru dans la revue des Athenische Mitteilungen en 1899
, aux pages 379 à 397.

---> Et en remontant encore dans le temps, j'ai consulté l'ouvrage de P. Kavvadias,
Fouilles d'Epidaure, de 1891
. A la page 112, il donne une très brève notice sur les cercles et les numéros.
Mais c'est Chr. Blinkenberg (ci-dessus) qui s'est intéressé à ce sujet et en a proposé une explication.

Le volume des IG  IV de 1902 comportait aux pages 186 à 190 une présentation des cercles et des numéros gravés,
et proposait des explications, s'appuyant en grande partie sur l'article de Chr. Blinkenberg.
Celui de 1929 (IG IV2, 1) offre aux pages 173 à 175 un tableau des cercles, mais sans explications.
Quant aux deux ouvrages de W. Peek, ils ne fournissent aucune explication concernant ces cercles et ces numéros.

Je vous soumets donc les explications qu'avait suggérées Chr. Blinkenberg en 1899 puis M. Fränkel en 1902,
et j'y ajoute mes propres suggestions :

index pointe On peut penser qu'il devait y avoir au moins 221 pierres portant ces cercles et un numéro associé,
puisque le numéro le plus élevé que l'on ait trouvé est 100 (ρ),
que les numéros qui sont en double montent jusqu'à 97 (ϙζ),
et les numéros qui sont en triple jusqu'à 21 (κα).
Je vous rappelle ici comment fonctionnait la notation alphanumérique des Grecs.

A titre de curiosité, j'ai fait le décompte des numérotations qui ont été retrouvées :

de 1 à 9
de 10 à 19
de 20 à 29
de 30 à 39
de 40 à 49
de 50 à 59
de 60 à 69
de 70 à 79
de 80 à 89
de 90 à99
100


κ,
λ
μ, μ

ξ, ξ
ο
π ϙ
ρ

ια, ια, ια κα, κα, κα λα, λα μα
να, να
ξα, ξα
οα

ϙα

β ιβ, ιβ κβ λβ μβ
νβ
ξβ
οβ
πβ, πβ


γ ιγ, ιγ, ιγ
λγ, λγ
νγ
ξγ, ξγ
ογ
πγ


δ
κδ λδ

ξδ
οδ



ε

λε, λε

ξε

πε, πε


ϛ, ϛ, ϛ ιϛ
λϛ, λϛ μϛ, μϛ
νϛ
ξϛ, ξϛ
οϛ
πϛ
ϙϛ, ϙϛ


ιζ


νζ, νζ ξζ
οζ, οζ
πζ, πζ
ϙζ, ϙζ
η, η

κη
λη, λη μη, μη νη, νη ξη

πη
ϙη

θ, θ ιθ, ιθ κθ λθ
νθ, νθ
ξθ

πθ, πθ



Le tableau fait bien apparaître que beaucoup de pierres ont disparu.
Difficile de savoir pourquoi les autels numérotés de 60 à 69 ont mieux résisté au temps que les autres ...

index pointe Ces numéros et les cercles ont sûrement été gravés bien après l’inscription que portait l’autel.

index pointe Et d'après Fränkel, comme on voit que la façon de graver les cercles et les numéros est toujours du même style,
ces gravures doivent toutes dater de la même époque, que l'auteur situe vers 306 apr. J.C.

index pointe Enfin puisque certains numéros se répètent 2, voire 3 fois, l'auteur a supposé
que c’était pour cette raison que les symboles dans des cercles avaient été ajoutés ensuite,
afin d’améliorer l’identification des divinités.

index pointe Mais je propose une autre explication :
La plupart des autels ont été retrouvés au XIXe s., et l'on ignore pour la plupart leur lieu d'origine.
Toutefois l'auteur a constaté sur quelques exemples que la numérotation suivait l'ordre topographique des autels,
puisqu’on a retrouvé à leur emplacement d’origine (in situ), l’un à côté de l’autre,
les autels portant les numéros successifs ξη’,  ξθ’,  ο’,  οα’+οβ’,  ογ’
(c'est-à-dire 68, 69, 70, 71, 72 et 73).
De même pour les autels numérotés λθ’  et  μ’ (39 et 40),
ainsi que pour les autels numérotés ια’  et  ιβ’ (11 et 12).
Et apparemment on n'a pas retrouvé in situ deux autels voisins portant le même numéro.

On pourrait se demander ensuite si la numérotation est en rapport avec la divinité, et donc avec le cercle,
mais ce n'est pas le cas, puisque par exemple le cercle d'Asklépios se retrouve associé
à des numéros aussi divers que π, πγ, η, ιϛ, νγ, ια, ϙϛ, νζ, ξε, ιθ...
et de même les cercles d'Artémis sont associés aux numéros μϛ, νζ, κδ, ξδ, β, ξβ, ξη...

IL me semble donc plus cohérent de penser que la deuxième centaine d'autels,
numérotée comme la première, devait correspondre à une autre zone topographique du sanctuaire,
et la troisième fournée à une troisième zone du sanctuaire.
Et dans ce cas il n'y a pas lieu de penser que les cercles auraient été gravés après les numéros.
Mais ces cercles servaient évidemment à l'identification des divinités,
peut-être (sans doute ?) en raison de l'usure des pierres qui pouvait avoir rendu illisible l'inscription.


Je vous présente maintenant 12 cercles qui s'ajoutent à ceux que j'avais présentés
dans ma première page sur les cercles d'Epidaure.

Anakes
Anakes
Dikaiosyne
Dikaiosynè
Epione
Epionè
Hephaistos
Héphaistos
Hera
Héra
Hygeia
Hygeia
Hypnos
Hypnos
Ourania
Ourania
Poseidon
Poséidon
Poseidon-Hippios
Poséidon Hippios
Pronoia
Pronoia
Tyche
Tychè
Photographies à partir des IG IV.

vue Epidaure

Pour découvrir 6 autres pierres d'Epidaure comportant des cercles,
cliquez ici.



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