initiation à l'épigraphie grecque par Claire Tuan : au musée de Manisa (1).

  rameursvo.jpg retour au menu.
             Manisa (suite)
             Manisa-3-stèle de confession

cour du musée Au musée de Manisa (1) cour du musée

Voyageant en 2011 de Pergame à Sardes,
j'ai fait à Manisa (l'antique Magnésie du Sipyle)
une courte halte qui m'a permis de photographier
de nombreuses inscriptions dans la cour du musée.

Située au pied de la montagne (le Sipyle),

vue de la ville

Manisa est une ville importante, bien vivante et qui possède de beaux édifices :

plafond  au plafond  au plafond  au plafond  plafond  plafond

dans le jardin  statue dans le jardin  enfant

Je vous présente plusieurs de ces inscriptions.
Pour ce travail, voici les principaux ouvrages que j'ai utilisés :

Hasan Malay, Greek and Latin Inscriptions in the Manisa Museum, 1994.

Les gros volumes d'inscriptions d'Asie Mineure appelés en latin Tituli Asiae Minoris :
TAM V1 : Tituli Lydiae, (NE), 1981.
TAM V2 : Tituli Lydiae, (NW), 1989.
TAM V3 : Tituli Lydiae, (SE), 2007.


6 premières inscriptions :

-1-

commençons par la plus facile, sur ce sarcophage :

1685

1685

TAM V3, 1685 et SEG 55,1292
Ἀντιοχίδος Μενεκράτου,
    γυναικὸς δὲ Ἀπολλωνίου.

(tombe d') Antiochis fille de Ménékratès,
et épouse d'Apollônios.


enfant 

-2-

1488

Remarquons de belles lettres ornées :

l'upsilon : upsilon, le rho : rho, l'alpha : alpha,
l'ôméga : omega, le phi : phi, et le ksi : ksi,
ainsi que le sigma, qui, lui, est carré et sans fioriture : sigma.

TAM V3,1488

ἀγαθῆι     τύχηι·

    ἡ βουλὴ καὶ ὁ δῆ-
    μος ἐτείμησεν
    Αὐρ(ήλιον) Διονύσιον
    Κοΐντον καὶ πα-
    νηγυριαρχήσαν-
    τα φιλοτείμως
    καὶ ὑγιῶς καὶ ἐν-
    δόξως τῆς ἱε-
    ρᾶς καὶ ἀσύλου
    οἰκουμενικῆς
    πανηγύρεως
    τῶν Κερδανετ-
      των·
    ἐπιμελησαμένου
    τῆς ἀναστάσεως
    Αὐτρωνίου Μαξίμου
    τοῦ συνγενοῦς αὐ-
        τοῦ.

     Κυνόκωλος.

A la bonne Fortune ;

le conseil et le peuple
ont honoré
Aur(èlios) Dionysios
Kointos, qui s'est chargé
de façon zélée, sage et glorieuse
de la panégyrie de Kerdanetta,
qui est sacrée, asyle et
ouverte à toute la Terre habitée.

S'est occupé de
l'érection (de cette stèle)
Autronios Maximos,
son parent.


Kynokôlos.



Le personnage honoré est appelé en grec : Αὐρ(ήλιος) Διονύσιος Κοΐντος,
ce qui correspond au latin : Aurelius Dionysius Quintus.
Seul son 2ème nom, Dionysios, est grec.
Quant à son parent qui s'est occupé de l'érection de la stèle,
son nom est entièrement romain, avec le gentilice Autronius.
Un Autronius s'était rendu célèbre de façon peu recommandable à l'époque de Cicéron !

Quant au sobriquet gravé tout en bas pour désigner
vraisemblablement le bénéficiaire de cet honneur,
il peut signifier soit "Cul de Chien", soit "Aux pattes de chien" ...

Kerdanetta était une localité proche de Philadelphie de Lydie,
cité fondée par Eumène II en l'honneur de son frère, en 189 av. J.C.,
l'actuelle Alaşehir :

situation d'Alasehir
Google Maps
Mais on ne sait rien de plus concernant cette panégyrie.
Rappelons qu'une panégyrie - terme qui signifie exactement "rassemblement de tous"-
comprenait des rites religieux, souvent des concours, mais aussi des échanges commerciaux.
Le conseil et le peuple sont ceux de Philadelphie.
L'adjectif "oikoumenikè" indiquait que cette fête était reconnue
par décision de l'empereur comme sacrée et asyle
sans qu'on ait besoin de solliciter l'accord des autres cités.
Une fête "asyle" était une fête au cours de laquelle les participants
étaient protégés contre toute saisie d'eux-mêmes ou de leurs biens.


enfant

-3-

Stèle trouvée à Yeşilova, entre Salihli et Alaşehir :

situation d'Alasehir


1700

1700

TAM V3, 1700 et JÖAI 62 (1993) 73, mais je fais trois corrections :

Ἀλέξανδρος καὶ Ἀρκουινία Στρα-
τονίκη ἐτείμησαν Τερτίαν τὴν
ἑατῶν θυγατέρα, καὶ Ἄδμητος
Τερτίαν τὴν ἑατοῦ γυναῖκα·
κ̣αὶ Λείβ̣ιος (je lis Leukios) καὶ Ἀρκου
ινία τὴν ἑατῶν
ἀδελφὴν καὶ Μητρόδωρον τὸν ἑα-
τῶν πατέρα.     χαῖρε.

Alexandros et Arkouinia Stratonikè
ont honoré Tertia, leur fille,
et Admètos  (a honoré)
Tertia, son épouse ;
et Leukios et Arkouinia leur soeur
ainsi
que leur père Mètrodôros. Salut !

---> Pour la lecture,
je corrige vraiment Λείβ̣ιος en Λεύκιος,
j'observe que le nom Arkouinia comporte bien un iota après l'upsilon,
et que l'omikron avant l'upsilon a été rajouté,
en plus petit à la ligne 1 pour le nom de la mère de Tertia,
et au dessus à la ligne 6 pour la soeur.
Ce nom féminin est formé sur le gentilice romain Arquinius.
On a donc dans cette famille 4 noms grecs :
Alexandros, Stratonikè, Admètos et Mètrodôros,
et 3 noms latins : Arkouinia (= Arquinia), Leukios (= Lucius), et Tertia.


---> Pour les liens de parenté,
il y a à première vue une bizarrerie :
Tertia étant la fille d'Alexandros et d'Arkouinia,
comment se fait-il que son frère et sa soeur aient comme père Mètrodôros ?
Arkouinia-mère a-t-elle eu Tertia de son deuxième mari Alexandros,
et ses deux autres enfants Leukios et Arkouinia-fille d'un premier mari, Mètrodôros, décédé ?


enfant

-4-

1056

1056

TAM V2, 1056
Ἄμμιον Ἀσκληπιάδου Θυα-
τειρηνὴ ζῶσα τὸ μνημεῖον κατεσ-
κεύασεν ἑαυτῇ καὶ ἐκγόνοις, ὅ μνη-
μεῖον μηδενὶ ἐξέστω ἀπαλλοτριο̑σαι
       κατὰ μηδένα τρόπον.

Ammion fille d'Asklèpiadès,
de Thyatire, a de son vivant fait construire ce monument
pour elle-même et pour ses descendants.
Qu'il ne soit permis à personne d'autre,
en aucune façon, de se l'approprier.


Thyatire est l'actuelle Akhisar, au centre le cette carte :

Akhisar
Google Maps

enfant

-5-

474

474

TAM V1, 474, 223/4 apr. J.C.
ἔτους τηʹ, μη(νὸς) Γορπιαίου ζʹ.
Α̣ὐρ. Νεικίας ὁ δυστυχὴς ἔστ[η]-
[σ]εν μνήμην τῷ ὑῷ μου σὺ[ν]
Κλ. Εὐτυχιανῇ μητρὶ αὐτοῦ Αὐ̣[ρ].
Νεικίᾳ στρατιώτῃ ἱππικαλη̣ς
συνβίωσις στερηθεὶς τῶν
συσστρατιωτῶν ἐν Ἐφέσῳ θ̣[α]-
νὼν ὧδε ἐτέθην εἰς τὰ ἐμ[ά].

En l'année 308, le 7 du mois Gorpiaios,
moi Aur(èlios) Neikias, malheureux que je suis,
j'ai érigé ce mémorial
avec sa mère  Kl(audia) Eutychianè,
pour mon fils, Aur(èlios) Neikias, soldat
qui a été privé des compagnons d'armes
de sa cohorte de cavalerie
à Ephèse où il est mort,
et je l'ai déposé ici, dans mes terres.


Remarquons la belle écriture, mais la maladresse de la formulation :
le verbe ἔστησεν (il a érigé) est à la troisième personne du singulier,
mais la première personne reprend ensuite le dessus : τῷ ὑῷ μου (pour mon fils),
ce qui m'a amenée, pour que la traduction soit compréhensible,
à régulariser la phrase en mettant le verbe à la première personne.
Pour les 4 dernières lignes, je ne suis pas sûre de ma traduction,
d'autres seraient possibles. Le terme  ἱππικαλη̣ς est un hapax,
on y reconnaît bien sûr la racine ἱππ- du cheval et l'adjectif féminin καλη̣,
mais comment le traduire ?

La date :
pour la numération alphabétique, voir ici.
Et pour l'ère, il s'agit de celle dite "de Sylla", qui commence en 85/4 avant J.C., voir ici.
On a donc 308 années depuis 85/4 av. J.C., c'est à dire qu'on est en 223/4 apr. J.C.


enfant

-6-

366

366

Malay, Greek and Latin Inscriptions in the Manisa Museum 366, IIIe s. apr. J.C.
Αὐρ(ηλία) Τρύφαινα Ὀνησίμῳ κὲ Ἀ-
λεξάνδρᾳ τοῖς ἑαυτῆς τέ-
[κ]ν̣οις μνείας χάριν.

Aur(èlia) Tryphaina pour Onèsimos
et Alexandra, ses enfants,
en leur mémoire.


Quelques remarques sur l'écriture, nettement d'époque impériale :

l'alpha et le lambda on une petite barre horizontale en haut : alpha

l'êta a sa barre médiane qui ne touche pas les deux barres verticales : êta

la conjonction KAI est écrite KE, avec le E dans le creux du K : KE

le phi est très long et étroit : phi

enfin l'upsilon possède une petite barre horizontale : upsilon.


enfant

  rameursvo.jpg retour au menu.
Manisa (suite)
Manisa-3-stèle de confession


contact