Toujours au
théâtre, nous nous déplaçons
légèrement vers la droite (vers l'Est),
pour essayer de lire cet autre acte d'affranchissement, exactement contemporain du précédent,
mais qui comporte des clauses intéressantes :
FD III 6:36, 20-46 apr. J.C.
Cliquez sur l'image pour en obtenir une
définition un peu meilleure.
Transcription :
en vert
: la
propriétaire, Sôphrona, a demandé
à
Sôsiklès d'écrire en sa
présence le
contrat.
Non parce qu'elle n'avait pas le droit de vendre en tant que femme,
car bien des affranchissements de Delphes nous prouvent le contraire,
mais très vraisemblablement parce qu'elle ne savait
pas écrire.
Certains autres actes de cette époque sont encore plus
explicites à cet égard,
ainsi par exemple
FD III 6, 20, où il est
précisé que l'acte a été rédigé ...
"au nom de Damô, présente, qui a demandé qu'on écrive pour elle, car elle ne sait pas écrire".
en bleu
: "Qu'Onasiphoron donne à Sôsandros
(le fils de la
propriétaire) un bébé".
D'autres affranchissements présentent une clause analogue,
par exemple
FD
III 3, 273 :

"Que
Sôtèricha donne à Tryphôn, le
fils de Smyrna, un bébé d'un an".
et l'on découvre bien "pire" dans
FD III 6, 38 :
"Qu'Epaphrô
donne à mon petit-fils Glaukias fils de Lysôn
trois bébés de deux ans.
Si elle n'a pas les
bébés, qu'elle donne 200 deniers.
Et
qu'Epiphanéa donne à mon fils Sôstratos
dans cinq ans un enfant de trois ans,
et à mon
petit-fils Glaukias, trois ans plus tard, un enfant de trois ans".
Il faut bien comprendre, au delà de notre impression d'un
"trafic d'enfants" révoltant,
que dans une société où l'esclave était
une valeur marchande et productive,
un esclave libéré était certes une perte pour son
ancien maître,
mais une esclave jeune libérée représentait
une double perte,
puisqu'elle aurait "produit" des petits esclaves gratuitement pour le
maître.
En brun
: comme dans l'autre affranchissement du théâtre
(n°6),
il est précisé que la vendeuse doit faire graver
(

)
un exemplaire du contrat dans le sanctuaire d'Apollon,
et faire copier l'autre dans les archives de la cité.
Traduction :
Sous l'archontat de
Pasôn fils de Damôn, au mois d'Hérakleios,
Habromachos fils de Xénagoras et Markos fils de Markos
étant bouleutes, manuscrit de Sôsiklès fils de
Philléas au nom de Sôphrona fille de Stratôn,
présente, qui lui ordonne d'écrire pour elle
: A ces
conditions Sôphrona, avec l'accord de son fils Sôsandros, a
vendu à Apollon Pythien en vue d'affranchissement un "corps
féminin" du nom d'Onasiphoron, pour un prix de trois mines
d'argent, et elle a (reçu) la somme entière, Onasiphoron
ayant confié au dieu son rachat, les conditions étant
qu'elle soit libre, que personne ne puisse jamais remettre la main sur
elle, et qu'elle ne soit en rien et d'aucune manière
dépendante de qui que ce soit. Garant selon les lois : Eukleidas
fils d'Aiakidas. Si jamais quelqu'un remettait la main sur Onasiphoron
en vue de la réasservir, que la vendeuse et le garant
fournissent pour le dieu la preuve du rachat, et que de même le
premier venu ait tout pouvoir pour prendre sous sa protection
Onasiphoron afin
qu'elle reste libre, sans encourir ni amende ni procès d'aucune
sorte.
Mais qu'Onasiphoron demeure auprès de Sôphrona pendant
tout le temps que cette dernière vivra, faisant ce qui lui sera
ordonné de façon irréprochable. Si elle ne le fait
pas, que Sôphrona ait le pouvoir de la punir de la façon
qu'elle voudra. Et qu'Onasiphoron donne un bébé à Sôsandros.
Selon la loi, la vendeuse
dépose l'acte en deux exemplaires, l'un, qu'elle aura fait
graver, dans le sanctuaire d'Apollon, et l'autre dans les archives
publiques de la cité, par l'intermédiaire du
secrétaire Lysimachos fils de Nikanôr.
Témoins. De la main d'Eukleidas fils d'Aiakidas : j'ai
été institué par Sôphrona garant de la vente
précitée, avec l'accord de son fils Sôsandros.
Témoins : les mêmes, les prêtres d'Apollon :
Dionysios fils d'Astoxénos et Damôn fils de
Polémarchos, et les particuliers : Pasôn fils de
Damôn, Kléandros fils de Philôn, et Xénagoras
fils d'Habromachos. |