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un petit tourà Amphipolis |
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Maintenant que la belle Egnatia Odos, digne descendante de la via Egnatia des Romains, permet de rejoindre aisément le Nord-Est de la Macédoine et la Thrace, allons faire un tour du côté d'Amphipolis, cité fortifiée sur une colline qui domine la vallée et l'estuaire du fleuve Strymon. Elle fut un point stratégique très convoité et très disputé entre les différentes puissances du monde antique : Athènes, Sparte, le royaume macédonien et enfin les Romains. | ![]() |
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Au bord du fleuve,
sur sa rive
droite, veille toujours le fameux lion,
monument funéraire élevé en l'honneur
d'un
général de l'Antiquité.
Après la
traversée du fleuve, prendre bientôt sur la gauche
une
petite route qui, en serpentant, monte sur la colline vers le village
actuel, au milieu duquel se trouve un beau musée
où les
trouvailles archéologiques sont remarquablement
présentées. Notre promenade épigraphique nous mènera d'abord à l'intérieur du musée, puis dans le jardin qui l'entoure. |
Une
dédicace à la muse Clio, voilà qui est
très rare. Qu'est-ce qui, dans la forme des lettres, permet de deviner l'âge de cette inscription ? Observez en particulier les sigma et les mu aux branches divergentes, l'upsilon qui ressemble à un V. Ce sont des indices d'une écriture ancienne, de la fin du Ve ou du début du IVe s. av. J.C. Mais le H indique déjà le /e/ long. Qui était Clio ? L'une des 9 Muses. Les auteurs anciens lui attribuaient tantôt l'éloge des grands hommes, tantôt l'Histoire, tantôt la rhétorique. Pour un accès direct aux sources littéraires, voir ici. Et pour en savoir plus sur les Muses, allez voir cette page du très riche site Musagora. Quant au nom Eumètis, qui signifie "de grande sagesse", ou "de bon conseil", Aristote et Plutarque nous apprennent qu'il fut porté par une poétesse et philosophe, fille de Cléobule, l'un des sept Sages. Le poète Pindare aurait aussi appelé ainsi une de ses filles. |
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24:586
transcription :
![]() traduction : Eumètis, (fille d') Hégésistratos, a fait cette consécration à Clio. |
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![]() traduction : Nikasippos fils de Dorkôn. Belle stèle funéraire, très sobre dans son texte mais plus riche dans sa décoration : Observons la partie supérieure, appelée : "anthémion". Puis intéressons-nous au relief montrant un homme assis, d'un certain âge, semblant donner la main à un enfant. Le geste du défunt donnant la main à un proche encore vivant est appelé "dexiosis", et c'est un thème très fréquent de l'iconographie funéraire. En fait, si l'on y regarde de plus près, il ne s'agit pas exactement d'une dexiosis : il semble plutôt (mais mon image n'est pas très nette) que l'homme âgé tende un oiseau à l'enfant. On connaît d'autres stèles funéraires où le défunt offre un oiseau à un enfant, par exemple au British Museum celle de Stratios, ou celle de Timaretè, ou bien ces deux stèles d'athlètes au musée de Chalkis. Comment savoir qui est le défunt ? un père âgé, avec son fils, ou un professeur, avec un de ses élèves, ou bien un jeune enfant, qui fréquentait l'école ? Souvent aussi on représente un esclave, même adulte, comme un enfant, pour indiquer son statut inférieur. Mais ici le vêtement de l'enfant semble plutôt être celui d'un homme libre. |
Pour faciliter
la lecture, je l'ai "déroulée" ci-dessous. Le graveur s'est permis de varier la forme des lettres : ainsi les omicron de la première ligne sont tout ronds, alors que ceux de la dernière ligne sont losanges. De même pour les oméga, losanges à la ligne 2, et ronds ensuite. Remarquer la forme triangulaire du phi (ligne 4), et surtout celle de certains epsilon qui ressemblent à des sigma. Une seule ligature, du N et de l'E dans le nom d'Antonin. L'empereur porte comme toujours de nombreux noms, mais grâce aux trois derniers il est facile de l'identifier comme Antonin le Pieux, qui régna de 138 à 161. Voir aussi Antonin le Pieux à Chéronée. En dessous de cette dédicace, une lettre, Thêta (=9), indique la distance de 9 milles, sans doute du lieu où était la borne, sur la Via Egnatia, jusqu'à la ville d'Amphipolis. On a retrouvé deux autres bornes près d'Amphipolis qui portaient le même thêta, et datant du début et du milieu du IIIe s. apr. J.C. , témoignages de travaux impériaux de réfection de cette importante voie. |
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![]() traduction : A l'empereur César Titus Aelius Hadrien Antonin Auguste, le Pieux, la cité d'Amphipolis. |
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47:874
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![]() traduction : A l'empereur César Trajan Hadrien Auguste, sauveur, Olympios. L'empereur Hadrien a été l'objet de beaucoup de dédicaces, et dans les pays de culture grecque, il fut très souvent qualifié d'Olympios, voire de Zeus Olympios. Pour un dossier plus détaillé, voir ici. |
Remarquez
la diversité des formes pour une même lettre : - l'omicron, rond à la ligne 2, losange ailleurs. - l'alpha, à barre médiane tantôt brisée, tantôt horizontale, tantôt penchée. Certaines lettres sont très élégantes : ![]() ![]() ![]() Ci-dessous on voit la seule ligature de l'inscription : T+H+P ![]() |