Visitant cette année (2009) pour la
n-ième fois, mais toujours avec le même bonheur,
le Musée National Archéologique
d'Athènes,
j'ai photographié quelques-uns
des visages si expressifs des cosmètes athéniens de l'époque impériale.
Et je cherchais quelle
mise en scène conviendrait pour vous les
présenter dans ce site.
C'est finalement une inscription du beau musée de
Schimatari, près de Tanagra,
qui m'en donne l'occasion.
Imaginez que vous venez d'avoir 18 ans, que vous appartenez
à la "bonne société",
et que vous allez donc entrer dans cette sorte de "collège",
au sens anglo-saxon du terme,
qu'était l'éphébie. Vous allez
être sous les ordres d'un cosmète,
qui sera en quelque sorte votre directeur pendant deux ans.
Lequel aurait votre préférence, si vous aviez le
choix ?
Je ne résiste pas au plaisir de citer ce que disait P. Graindor de ces portraits, en 1915 :
"Sur le visage de nos cosmètes se reflète l'expression, presque toujours très discrète,
des caractères ou des sentiments les plus variés, finesse matoise, indulgente bonhomie,
pessimisme maladif, énergie, violence contenue, [...] indolence apathique, [...]
distinction fine unie à la volonté ou à la mélancolie". (BCH 1915, p. 282)
Transportons-nous maintenant à une soixantaine de km au nord d'Athènes,
et approchons-nous, mais pas trop car la pierre a été découverte récemment,
et à ma connaissance elle n'a pas encore été publiée,
ce pourquoi je n'en donne qu'une image de petites dimensions, et trois extraits.
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Voici la stèle,
inscrite
de haut en bas,
où un cosmète
a fait graver
les noms
des éphèbes
dont il avait
eu la charge. |
Et voici l'intitulé :
dont je vous donne la traduction :
"A la Bonne Fortune,
Le gymnasiarque et cosmète Aur(elius) Biotikos fils de Thémisôn,
ayant fait transcrire la liste de ceux qui ont été éphèbes sous sa responsabilité,
a fait ériger cette stèle".
Suit une liste comportant des noms d'éphèbes, dont je vous donne un petit extrait :
Ce qui saute aux yeux dès l'abord, c'est que tous les noms commencent par AYP-, abréviation usuelle d'Aurelius.
S'il est vrai qu'un individu a pu s'appeler Aurelius avant l'édit de Caracalla,
toute une liste d'Aurelius ne peut se trouver que peu après
l'octroi de la citoyenneté romaine par cet édit,
en 212 apr. J.C., à tous les hommes libres de l'Empire Romain.(
voir ici)
Voici les quelques noms de cet extrait :
Aur(elius) Boiôtos,
Aur(elius) Kallistos,
Aur(elius) Hérakleidès,
Aur(elius) Dionysas,
Aur(elius) Symphoros,
Aur(elius) Apollônidès,
Aur(elius) Prosdektos,
Aur(elius) Eutychianos,
Aur(elius) Achaïkos,
Aur(elius) Philathènaios.
Au passage, remarquons plusieurs types des noms :
--> certains rappellent des origines géographiques ou des sentiments
à l'égard de certaines cités : Boiôtos (= "Béotien"), Achaïkos (= "d'Achaïe"),
Philathènaios (="qui aime les Athéniens"),
--> d'autres sont des
noms théophores : Hérakleidès, Dionysas, Apollônidès,
--> d'autres encore expriment une qualité ou un souhait : Kallistos (= "très beau"),
Symphoros ("profitable"), Prosdektos ("bien reçu"), Eutychianos ("chanceux").
Et voici mon troisième extrait, où l'on voit qu'étaient aussi mentionnés
des "professionnels" au service de cette institution de l'éphébie.
Nous lisons qu'il y a parmi eux :
- un
"palaistrophylax" (= gardien de la palestre). Certains ont écrit que c'était un esclave travaillant dans la palestre,
mais ici nous voyons que c'est un Aurelius, donc un homme libre ;
- un
"sôphroniste-prêtre", sans doute chargé de la bonne tenue des éphèbes.
Le mot est formé sur sao (= sain) + phrôn (= l'esprit).
Je ne connais pas d'autre exemple d'association de ces deux mots : prêtre et sôphroniste,
ni d'ailleurs de sôphroniste ailleurs qu'en Attique ;
- et puis un
médecin (iatros), bien utile lors des exercices physiques.
Ainsi se termine ce petit aperçu, fort modeste, sur les
cosmètes et les éphèbes de l'époque
impériale.