initiation à l'épigraphie grecque par Claire Tuan, Butrint-Bouthrôtos.

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Butrint-Bouthrôtos


Je vous présenterai ici quelques inscriptions concernant des affranchissements d'esclaves,
mais partons d'abord à la découverte de ce très beau site.
Tout au sud de l'Albanie, et donc très près de la frontière albano-grecque,
Butrint est aussi très proche de l'île de Corfou.

Si l'on vient de Grèce l'accès peut se faire :

---> soit par la montagne, en passant le poste-frontière de Kakavia, au nord de Ioannina,
puis en traversant des montagnes et une grande plaine,
imag-Butrint/versSaranda

en gagnant à l'ouest Saranda, la ville "aux 40 martyrs" qui a gardé en albanais son nom grec (Saranda = 40),
Saranda

et en longeant ensuite la mer vers le sud, jusqu'à Ksamil et enfin Butrint.
On voit en face, toute proche, l'île de Corfou.
imag-Butrint/versButrint

---> soit en bateau, depuis Corfou, ce qui permet de deviner la région de Butrint (au centre de la photo ci-dessous),
imag-Butrint/Butrint-vu-de-Corfou

puis, à partir du port de Saranda, en rejoignant la route du premier itinéraire.

Observons la carte :
Vous voyez Corfou au centre, la frontière tout en haut à droite (Kakavia),
la ville portuaire de Saranda, puis en descendant vers le sud la presqu'île de Ksamil,
et enfin le petit point noir qui situe Butrint.

imag-Butrint/plan Google maps
Google Maps

Approchons-nous ensuite, pour nous rendre compte de la position de Butrint,
petite presqu'île nichée entre la mer, à l'ouest, et le grand lac de Butrint, à l'Est,
à l'abri des regards pour ceux qui naviguent en pleine mer.
Au sud du site, un chenal relie le lac à la mer.

imag-Butrint/GoogleMapsButrint
Google Maps

imag-Butrint/googleEarth Butrint
Google Earth

 Et il n'y a pas de pont sur ce chenal,
les véhicules doivent emprunter un petit bac :

BacButrint

Si l'on en croit les panneaux explicatifs sur le site,
Butrint n'était pas reliée par un pont à la rive sud du chenal à l'époque hellénistique :

Butrint-hellenistique

mais les Romains ont ensuite construit un pont,
pour accéder facilement à la partie sud de leur ville :

Butrint-romaine

Voici la plaine au sud du chenal, où les Romains avaient construit leur ville :
auSudDuChenal


Entrons maintenant dans le site :

Il est très boisé, ce qui rend sa visite agréable même en plein été.
site boisé

L'un des premiers édifices que rencontre le visiteur est le théâtre.
En voici deux vues, l'une prise en août 2014 :
theatreButrintAout2014

l'autre en juin 2016 :
theatreButrintJuin2016

un peu plus loin, on aperçoit un mur couvert d'inscriptions :
murTardifButrint

Puis un baptistère, dont la très belle mosaïque est recouverte de gravier pour la protéger :
baptistère

  Ensuite une grande église paléochrétienne :
église

Encore plus loin, on longe un beau rempart, dont on se rend compte
par la fine feuillure d'angle qu'il est d'époque hellénistique :
porte hellénistique

Puis cette autre porte au linteau sculpté, qui donne accès à une fontaine :
porte sculptée


Si vous voulez d'autres photos du site de Butrint,
consultez ces liens :

---> pour le site "Butrint Foundation", et en particulier ses «annual reports» :
 http://www.butrintfoundation.co.uk/about1-cqba

---> et pour le site de l’Université «Notre Dame», dans l’Indiana :
http://butrint.nd.edu/

les inscriptions :

De très nombreuses inscriptions ont été découvertes à Butrint,
et pour la plupart elles concernent des affranchissements d'esclaves.
Pour vous les présenter, j'ai consulté le recueil des inscriptions de Bouthrôtos :
Corpus des inscriptions grecques d’Illyrie méridionale et d’Epire 2 : inscriptions de Bouthrôtos,
par P. Cabanes et Faïk Drini, 2007.


Beaucoup de ces inscriptions ont été gravées sur le mur de parodos ouest du théâtre :

parodos du théâtre

mais aussi sur d'autres blocs, qui ont ensuite servi à construire une tour, à époque plus tardive :

murTardifButrint

◊◊◊◊

Commençons par le mur de parodos du théâtre.
Voici une première inscription, en dessous d'une autre qui est écrite en caractères plus gros :

Bouthrotos20, situation

et la voici de plus près :

Bouthrotos20
I. Bouthrotos 20, IIe s. av. J.C.

Les lettres sont soigneusement gravées. Remarquons les alpha à barre transversale brisée,
les mu aux barres divergentes, et la forme particulière des ôméga.

ἀγαθᾶι τύχαι καὶ ἐπὶ σωτηρίαι· ἐπὶ ἱερέος τοῦ Ἀσκλαπιοῦ
Νικοστράτου τοῦ Νικάνορος, οἱ ἀφεωθέντες ἐλεύθεροι
παρὰ Ἀσκλαπιὸν ὑπὸ Ἀργέας τᾶς Πολέμωνος, κα-
τὰ τὸν τῶν ἀτέκνων νόμον
,     Πάρδαλις, Πυ-
θιάς, Διονυσία, Κλεοτείμα
.

Traduction :
A la bonne fortune et pour le salut.
Sous le prêtre d'Asklépios Nikostratos fils de Nikanôr,
(voici) ceux qui ont été relâchés pour être libres
auprès d'Asklépios par Argéa fille de Polémôn,
suivant la loi des gens sans enfants :
Pardalis, Pythias, Dionysia, Kléoteima.


Dans toutes les inscriptions que je vais présenter, j'indiquerai en noir les noms des esclaves affranchis,
pour ne pas les confondre avec les maîtres.

Plusieurs remarques
:
---> On voit qu'ici les noms des esclaves sont au nominatif,
alors que dans toutes les autres inscriptions nous les verrons à l'accusatif,
et ce sont les maîtres qui nous apparaîtront au nominatif.

---> Cette première inscription nous apprend l'importance du culte d'Asklépios à Bouthrôtos.

---> On voit aussi qu'à Bouthrôtos apparemment les femmes pouvaient affranchir leurs esclaves,
sans dépendre pour leurs décisions d'un "kyrios" (mari, père, fils ...).

---> A Bouthrôtos l'expression pour désigner l'affranchissement n'était pas comme à Delphes :
"untel a vendu au dieu tel esclave pour qu'il soit libre",
mais le verbe ἀφίημι (= relâcher, laisser aller), suivi de l'adjectif : ἐλεύθερος,
et il n'est jamais fait mention d'une somme d'argent.

---> Et nous rencontrons une nouvelle clause : κατὰ τὸν τῶν ἀτέκνων νόμον
"suivant la loi des gens sans enfants".
Nous retrouverons cette clause dans plusieurs des inscriptions suivantes,
sans qu'on en sache davantage sur cette loi particulière.

◊◊◊◊

Sur un bloc voisin, sont gravées trois inscriptions,
numérotées 26, 27 et 28 dans le recueil des inscriptions de Bouthrôtos :

26-27-28-situ

◊◊◊◊

L'inscription I.Bouthrotos 26 :

I_Boutr-26

Nous avons ici une liste de plusieurs maîtres qui ont affranchi un certain nombre d'esclaves.
La première ligne semble avoir été martelée, elle est restituée ci-dessous,
en se fiant au nom du prêtre qui apparaît à l'avant-dernière ligne.

[ἐπὶ ἱερέος τοῦ Ἀσκλαπιοῦ Σωσάνδρου τοῦ — — — — — — —]
[οἱ ἀφέντ]ες ἐλευθέρους καὶ ἀναθέντες ἱεροὺς τῶι Ἀσκλαπιῶι·
[Φάλακρος] Φιλίππου, Φίλιππος, Ματερὼ
               Ἀφροδισίαν·
[Μενοί]τας Βοΐσκου, Δεινομάχα
[Ἀγ]άθωνα, Καλλιστώ, Πάρδαλιν·
[Λέ]ων Δέρδα, Σωστράτα, Δέρδας
          Εὐτυχίδαν·
[Φί]λιστος Δαμοκρίτου ἄτεκνος Λυσίαν·
[Βο]ΐσκος Πολέμωνος, Πολέμων,
[Ἀ]ργεία, Στρατονίκα
        Διόδωρον·
Ἀρκολέων Σωσάνδρου, Σώσανδρος, Φιλὶς
        Ἐρωτίδα, Νικώ·
Γοργὼ      Διονύσιον·
Λυσανίας Νικάνδρου, Ἀνδρόκλεα, ἄτεκνοι,
            Ἄμεμπτον·
Φυσκίων Λυσανία, Παμφίλα, Φιλουμένα
              Φιλωτέραν.
[κ]αὶ οὓς παρέλαβε Σώσανδρος παρὰ τῶν
ἀνώτερον ἱερέων οὐκ ἀναγεγραμμένους
.

Traduction :
Sous le prêtre d'Asklépios Sôsandros fils de ...,
(voici) ceux qui ont relâché pour qu'ils soient libres,
et qui ont consacré à Asklépios
(les esclaves dont les noms suivent) :
Phalakros fils de Philippos, Philippos et Matérô :

Aphrodisia ;
Ménoitas fils de Boïskos, et Deinomacha :
Agathôn, Kallistô et Pardalis
;
Léôn fils de Derdas, Sôstrata et Derdas :
Eutychidas ;
Philistos fils de Damokritos, sans enfant, Lysias ;
Boïskos fils de Polémôn, Polémôn, Argeia et Stratonika :
Diodôros ;
Arkoléôn fils de Sôsandros, Sôsandros et Philis :
Erôtis et Nikô ;
Gorgô : Dionysios ;
Lysanias fils de Nikandros, et Androkléa, tous deux sans enfant :
Amemptos (ou Amempton) ;
Physkiôn fils de Lysanias, Pamphila et Philoumena :
Philôtéra.
Et ceux qu'a repris en compte Sôsandros de la part des prêtres précédents,
et qui n'avaient pas été transcrits
.



Cette fois, et dans toutes les autres inscriptions, les maîtres sont au nominatif, et les affranchis à l'accusatif.
Il y a parfois un doute sur le genre de ces esclaves, et je m'en suis remise aux attestations du LGPN 3a,
qui mentionne Lysias mais pas de Lysia, et qui mentionne aussi bien Amemptos (pour un homme) qu'Amempton (pour une femme).

Nous avons encore trois maîtres "sans enfants", qui comme dans l'inscription précédente
doivent respecter la "loi des gens sans enfants", dont nous ignorons le contenu.

Quant aux deux dernières lignes, elles annoncent les deux autres listes (27 et 28) inscrites sur la même pierre.
En effet les trois listes semblent bien avoir été gravées en même temps et par la même personne.

◊◊◊◊

L'inscription I.Bouthrotos 27 :

I_Boutr-27s

ἐπὶ ἱερέος Μενεφύλου Ἀφοβίου,
Φαινὼ Σιμία, Λύκος Λυκώτα
       Πελεάδα·
Λυκόφρων Λύκου, Σίβυλλα, Γλύκιννα
       Σφακίωνα·
Μενοίτας Βοΐσκου, Δεινομάχα
      Ἄμωμον·
Γοργὼ Κλειτόμαχον·
Κλεοπάτρα, Λέαινα, Φιλότας, Ἀνδρόνικος, Δρωπῦλος
       Νικασώ·     Λυκίσκος Λύκου ἄτεκνος  Εὐφρόσυνον.

Traduction :
Sous le prêtre Ménéphylos fils d'Aphobios,
Phainô fille Simias, et Lykos fils de Lykôtas (ont affranchi) :
Péléas ;
Lykophrôn fils de Lykos, Sibylla et Glykinna :
Sphakiôn ;
Ménoitas fils de Boïskos, et Deinomacha :
Amômos ;
Gorgô : Kleitomachos ;
Kléopatra, Léaina, Philotas, Andronikos et Drôpylos :
Nikasô ; Lykiskos fils de Lykos, sans enfant : Euphrosynos.


Le prêtre est nommé sans préciser quel dieu il dessert,
ce qui est un argument pour faire de cette liste la suite des deux dernières lignes de la précédente,
où le prêtre Sôsandros disait devoir ajouter les noms qui lui avaient été transmis par les prêtres précédents
et qui n'avaient pas été inscrits.
Autre argument qui va dans le même sens :
la formule : [οἱ ἀφέντ]ες ἐλευθέρους καὶ ἀναθέντες ἱεροὺς τῶι Ἀσκλαπιῶι
n'a pas été répétée, il n'y a que les noms des maîtres et des esclaves affranchis.

On retrouve des noms de maîtres de la liste précédente : Ménoïtas et Deinomacha, ainsi que Gorgô.

Remarquons aussi plusieurs noms formés sur la base Lykos :
Lykôtas, Lykophrôn, Lykiskos.

◊◊◊◊

L'inscription I.Bouthrotos 28 :

Je présente en haut le début, qui est en réalité en bas de la colonne de gauche,
puis la suite qui occupe toute la colonne de droite sauf l'intitulé de I.Bouthrotos 26.

I.Boutr-28

Voici ce qu'un autre prêtre avait transmis à Sôsandros :

ἐπὶ ἱερέος Μενάνδρου Σωμιτοῦ,
Λυκίσκος, Ἡρακλείδας, Ἡρακλείδας
        
Ἐπικαρπίαν.
 
Λυκῖνος, Φάλακρος, Φίλιππος, Ματερὼ
    
Διονυσόδωρον·
Νικοκράτης, Φιλίαρχος,
Νικοκράτης, Λυσανίας, Πατρὼ
      
Ἀριστοκλῆ·
Δεξίδαμος Δοκίμου
ἄτεκνος
    
Ματερώ·
Νικάνωρ Κλεομάχου,
Κλεόμαχος, Νικάνωρ,
Φιλωτέρα, Ἱλαρία
    
Ἀλέξανδρον·
Νικόλαος Λέοντος
   
 Ἀριστόνικον·
Μαχάτας Ἀριστοφάνεος,
Φωτεύς, Μαχάτας,
Φίλιππος, Σωφροσύνα, Ἐχενίκα
      
Σωσιπάτραν·
Σωσίπατρος Φαλακρίωνος,
Ἀρίστα, Λύκος
      Ἀγαθοκλῆ·
Κλεοπάτρα, Ἀμύντας
Μέναν, Λυσιμάχαν·
Στράτων, Λυκώτας, Στρατὼ
      
Ἀνδροκλῆ·
〚— — — — — — —〛
〚— — — — — — —〛
Βοΐλλα Νικολάου,
Νικόλαος, Νικάδας
        
Νίκαρχον·
Ἀλεξίμαχος Σιμάκου
      
Περιγενίδα·
Traduction :
Sous le prêtre Ménandros fils de Sômitos,
Lykiskos, Hérakleidas et Hérakleidas (ont affranchi) :
Epikarpia ;

Lykinos, Phalakros, Philippos, Materô :
Dionysodôros ;
Nikokratès, Philiarchos,
Nikokratès, Lysanias et Patrô :
Aristoklès ;
Dexidamos fils de Dokimos, sans enfant :
Materô ;
Nikanôr fils de Kléomachos,
Kléomachos, Nikanôr,
Philôtera et Hilaria :
Alexandros ;
Nikolaos fils de Léôn :
Aristonikos ;
Machatas fils d'Aristophanès,
Phôteus, Machatas,
Philippos, Sôphrosyna et Echénika :
Sôsipatra ;
Sôsipatros fils de Phalakriôn,
Arista et Lykos :
Agathoklès ;
Kléopatra et Amyntas :
Ména, Lysimacha ;
Stratôn, Lykôtas et Stratô :
Androklès.


Boïlla fille de Nikolaos,
Nikolaos et Nikadas :
Nikarchos ;
Aleximachos fils de Simakos :
Périgénis.



On voit que deux lignes ont été rasurées avant Boïlla.
En réalité la liste continue encore, mais sur une pierre voisine, que je n'ai pas photographiée.

Certains noms de maîtres étaient déjà présents dans I.Bouthrotos 26 :
Phalakros, Philippos et Materô.

◊◊◊◊

L'inscription I.Bouthrotos 37 :

IBouthrotos37, situation
Avez-vous vu la tortue dans l'eau ? Il y en a beaucoup dans toutes les parties inondées du site de Butrint.

I.Bouthrotos37

Gravure assez peu soignée. Remarquez les deux dernières lignes beaucoup plus grandes, et dont l'écriture est différente :
- leurs sigmas sont lunaires alors que les autres sigmas de l'inscription sont à 4 branches légèrement divergentes,
- leur epsilon est également lunaire, et leurs alphas ont la barre médiane nettement brisée,
alors que les autres alphas de l'inscription ont leur barre médiane seulement légèrement incurvée.
On a l'impression que ces deux dernières lignes ont été ajoutées, pas nécessairement plus tard, mais d'une autre main.

ἐπὶ ἱερέος Φιλίππου τοῦ Νικάδα,
  οἱ ἀνατεθέντες το̑ι θεο̑ι·
  Αὖλος Λαδίκαν·
  Χαρικλῆς ἄτεκνος Εἰράναν, Ἁδέαν·
  Σωσίπατρος ἄτεκνος Φιλόκλεαν·
  Πολέμων Εὔκλεαν·
  Βοΐσκος Γαλήναν·
  Ἀπποίτας Νικομάχαν·
  Διονύσιος ἄτεκνος Πάρδαλιν, Γλυκέ-
                                                             ραν
·
Λέαινα Λέοντοc
Ὀνάcιμον

Traduction :

Sous le prêtre Philippos fils de Nikadas,
(voici) ceux qui ont été consacrés au dieu :
Aulos (a consacré) Ladika ;
Chariklès, sans enfant, (a consacré) Eirana et Hadéa ;
Sôsipatros, sans enfant : Philokléa ;
Polémôn : Eukléa ;
Boïskos : Galèna ;
Appoitas : Nikomacha ;
Dionysios, sans enfant : Pardalis et Glykéra ;
Léaina fille de Léôn :
Onasimos.



Pour traduire cette inscription, il a fallu rétablir plusieurs mots :
en effet la ligne 2 comporte au nominatif : οἱ ἀνατεθέντες (ceux qui ont été consacrés , c'est-à-dire les esclaves affranchis),
alors qu'à partir de la ligne 3 ce sont les maîtres qui sont au nominatif.
Mais beaucoup d'autres listes d'affranchissements de Bouthrôtos sont rédigés de la même manière elliptique.
L'une d'entre elles, dont je vous donne un extrait, est moins elliptique :

I.Bouthrotos 31, lignes 7 à 19 :
οἱ ἀφεωμένοι
ἐλεύθεροι καὶ ἀ-
νατεθέν-
τες ἱεροὶ
τῶι
Ἀσκλαπιῶι·
Ἀλυπὼ Ἄνδρω-
νος ἀφῆκε ἐ-
λευθέρους

κατὰ τὸν τῶν
ἀτέκνων νό-
μον
Λέοντα,
Λάμιον, Φιλώ-
ταν
, Λαμίσκον
Traduction :
(Voici) ceux qui ont été relâchés
pour être libres
et qui ont été
consacrés
à Asklépios :
Alypo fille d'Andrôn
a relâché
pour qu'ils soient libres
,
selon la loi des
gens sans enfant
,
Léôn, Lamios,
Philotas, Lamiskos, etc.


D'autres listes, au contraire de celles que j'ai présentées ci-dessus,
répètent pour chaque affranchissement le verbe : ἀφίεντι = ils relâchent, libèrent.
Ainsi dans I.Bouthrotos 18 :
I.Bouthrotos 18, aphienti


◊◊◊◊

Terminons par une inscription visible sur le mur de construction tardive :

murTardifButrint

L'affranchissement I.Bouthrotos 91 :
 
A la différence des précédentes inscriptions,
il ne s'agit pas d'une liste récapitulant les affranchissements d'une année,
mais bien d'un seul affranchissement :

IBouthrotos 91

Pour faciliter la lecture, j'ai ci-dessous pointillé en bleu les traits peu visibles,
ma photo ayant été prise alors que le soleil était au zénith
et ne faisait donc pas d'ombre sur les traits verticaux :

IBouthrotos 91

La gravure n'est pas très soignée. Remarquez les ôméga de forme "cursive" omega, et les nu très courts et penchés : nu.

ἀγαθᾶι τύχαι καὶ ἐπὶ σωτηρίαι· στρα-
ταγοῦντος τῶν Πρασαιβῶν Νικά-
νορος Μετωρέος, προστατοῦντος δὲ
Λυκίσκου Ἐρυθρωνίου, ἱερ[ε]ύοντος δὲ
τοῦ Ἀσκλαπιοῦ τοῦ ἐν Βουθρωτο̑ι Νικά-
νορος τοῦ Εὐνόμου Μετωρέος, μηνὸς Ψυ-
δρέος ἑβδόμαι, ἀφῆκε ἐλεύθερον, κατὰ
       τὸν τῶν ἀτέκνων νόμον
, Τιμοκράτης
Νητίδιος καὶ ἁ γυνὰ ἁ Τιμοκρά[τ]εος Μεγανίκα
Χρήσιμον Μένωνος καὶ ἀνέθηκαν ἱερὸν
ἀνέφαπτον το̑ι Ἀσκλαπιο̑ι· μάρτυρες Δα-
μόκριτος Τεισάρχου Κεστρεῖνος Ἀσαν-
τὸς
καὶ τῶν ἄλλων πολειτᾶν Δόκι-
μος Σαμία Θάριος, [Σί]μακος Λύκωνος
Θάριος, Λυσανίας Λ[υ]σιμάχου Βουθρώτι-
ος
, Λυκῖνος Ἱστιαίου Βουθρώτιος· ἀπεκά-
ρυξε Δέρδας Μελανθίου.

Traduction :
A la Bonne Fortune et pour le salut,
étant stratège des Prasaiboi
Nikanôr, Métôreus,
et étant prostatès Lykiskos, Erythrônios,
et prêtre de l'Asklépios de Bouthrôtos Nikanôr
fils d'Eunomos, Métôreus, le 7ème jour du mois de Psydreus,
Timokratès, Nètidios, et la femme de Timokratès, Méganika,
ont relâché pour qu'il soit libre,
selon la loi des gens sans enfants,
Chrèsimos fils de Ménôn, et ils l'ont consacré
à Asklépios comme insaisissable.
Témoins : Damokritos fils de Teisarchos, Kestreinos Asantos,
et parmi les autres citoyens : Dokimos fils de Samias, Tharios,
Simakos fils de Lykôn, Tharios,
Lysanias fils de Lysimachos, Bouthrôtios,
Lykinos fils d'Histiaios, Bouthrôtios.
Derdas fils de Mélanthios a fait la proclamation.


Cette inscription est très intéressante car elle apporte des informations nouvelles pour nous par rapport aux précédentes.

D'abord l'intitulé est beaucoup plus précis :
l'acte d'affranchissement est daté par trois magistrats :
le stratège, le prostatès et le prêtre d'Asklépios
(qui était le seul mentionné dans les listes des inscriptions précédentes).

Les Prasaiboi sont connus par des textes anciens, ils ont formé une fédération (= koinon)
à partir semble-t-il de 163 av. J.C., et ce koinon ne fut dissous par les Romains qu'en 44 av. J.C.,
quand Bouthrôtos devint une colonie romaine.
Ce koinon avait à sa tête les trois magistrats nommés ci-dessus,
et quelque temps après il eut aussi un prêtre de Zeus Sôtèr,
attesté dans plusieurs inscriptions listant des affranchissements.

Autre particularité de ce koinon :
ses membres portaient un ethnique (en rouge dans ma transcription),
et l'on a pu compter jusqu'à une petite centaine de ces ethniques,
ce qui paraît indiquer qu'il s'agissait souvent de très petites communautés :
des villages, voire des hameaux, à l'exception bien sûr de Bouthrôtos.

L'acte d'affranchissement est complet :
---> il indique la date : le 7 de Psydreus, un mois du koinon des Prasaiboi, qui correspond à mars-avril ;
---> il stipule précisément que l'esclave affranchi sera désormais "consacré au dieu" et "insaisissable" ;
---> l'esclave affranchi a un patronyme (il est "fils de Ménôn"), ce qui est rare pour des esclaves ;
---> l'acte mentionne 5 témoins qui le garantissent. Deux d'entre eux sont de la cité même de Bouthrôtos,
deux sont de la communauté dont les membres sont appelés Tharioi,
et un porte un double ethnique : un Asantos doit être membre d'une des subdivisions de la communauté des Kestreinoi.
---> enfin la dernière ligne nous apprend que l'affranchissement avait été "proclamé par un héraut".

Pour comparer avec les actes d'affranchissement dans d'autres régions du monde grec,
voir en particulier sur mon site : les affranchissements à Delphes.


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