Forme des lettres dans le code de Gortyne.
Jetons d'abord un coup d'oeil sur un des blocs de l'inscription :
Bel exemple de boustrophédon ! Il suffit d'observer les lettres E, K,
C, S,
écrites alternativement d'une ligne à l'autre
de la gauche vers la droite (= dextroverses) et de la droite vers la
gauche (=sinistroverses).
Vous remarquez aussi, un peu à droite du milieu de l'image, la
séparation entre deux colonnes de texte,
avec des lettres grossièrement gravées dans l'espace intermédiaire (Z,
B, K, A)
qui ont dû servir à la restitution du texte lors des reconstructions
successives du mur.
Mais revenons à la forme des lettres :
Certaines formes, comme le
C, le
S,
doivent vous étonner,
car ce ne sont pas des lettres de l'alphabet grec classique,
tel qu'il s'est définitivement imposé à partir de la fin du Ve s. av.
J.C.,
à Athènes et dans pratiquement tout le monde grec.
En fait ce sont de redoutables faux amis, et ils ne sont pas les seuls :
le
Λ
et le
M aussi sont de faux amis.
Voici un tableau des 9 lettres de cet alphabet de Gortyne
qui ne sont pas semblables à l'écriture grecque classique :
sur la pierre
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nom de la lettre
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équivalent classique
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gamma
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Γ
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digamma
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aucun
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thêta
|
Θ
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iota
|
Ι
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|
lambda
|
Λ
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|
mu
|
Μ
|
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pi
|
Π
|
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sigma
|
Σ
|
|
upsilon
|
Υ
|
Ainsi un mot comme
qui se rencontre très souvent dans le texte, sera lu :
ΕΠΙΒΑΛΛΟΝΤΕΣ, ἐπιβάλλοντες.
De même TAS devra être lu
TAI et non pas
ΤΑΣ,
ES sera lu
EI et non pas
ΕΣ.
Autre exemple : TSMES sera lu
ΤΙΣ ΕΙ
et non pas
TIMEI.
Que de pièges à éviter, tout en parcourant ce labyrinthe
qui consiste à lire alternativement de gauche à droite et de droite à
gauche !
Mais avant de nous y engager,
découvrons quelques particularités de la phonétique du grec de ce texte
: