traduction :
Aurelios Hagêsas,
précédemment appelé "fils d'Agathias",
et
Hécatéa fille de Ménandros
ont fait construire de leur vivant
à leurs frais
cette demeure perpétuelle pour
eux-mêmes et pour ceux
de leur famille. Celui qui,
extérieur à notre
famille, l'ouvrirait
et aurait l'audace d'y
déposer un autre corps, devrait payer
au percepteur une amende de 5000 deniers.
Juste une remarque sur les noms, avant de passer à la
calligraphie.
Notre Aurelios, ou Aurelius, fait partie des Grecs devenus citoyens de
l'Empire romain
grâce à l'édit de Caracalla
à partir de 212 apr. J.C.
Or en Macédoine, il semble que ces nouveaux Romains, du
moins ceux de la première génération,
aient tenu à romaniser complètement leur
appellation,
en supprimant l'usage grec qui consistait à faire suivre
leur nom de leur patronyme.
D'où la deuxième ligne, qui rappelle comment
s'appelait notre homme auparavant.
Maintenant, observons
de près
la façon dont le graveur a dessiné les lettres,
et les a souvent combinées ensemble en des ligatures
élégantes.
Examinons les parties de l'inscription que j'ai colorées en orange sur
la transcription :
la conjonction KAI
est ici écrite KE (alors qu'à la ligne 2 elle
s'écrivait bien KAI), et l'epsilon se
"niche" dans l'angle rentrant du kappa. On voit ici une
"ligature" qui aura longue vie, celle du OY écrit avec l'upsilon en
petit V au dessus de l'omicron.
Et l'omicron
se "niche" dans le creux du sigma. ici,
à l'opposé du KE ci-dessus, l'epsilon se
colle à l'angle saillant du thêta,
qui est en losange comme certains omicron. Cette ligature se trouve aux
lignes 9 et 12.
Encore
une ligature remarquable : la première
branche de l'ôméga
se confond avec la barre verticale du tau.
les lettres sont
bien séparées, l'omicron est
rond, mais le nu,
pour des raisons d'espace, a été inclus dans le
second omicron. bel
assemblage ici : l'omicron,
en losange, se colle parfaitement dans le sigma, et l'iota trouve
place au centre du losange. ici pas
de ligature. Remarquer le xi
avec sa barre verticale, et le sigma
final rectangulaire. L'orthographe canonique voudrait ANOI- et non pas
ANY-. Cette graphie prouve qu'à l'époque (IIIe s.
apr.
J.C.) OI et Y se prononcent déjà de la
même
façon, avec le son /i/, comme en grec moderne.
Quant aux derniers
signes de l'inscription, ils s'interprètent
ainsi :
- le Khi
barré horizontalement représente le
denier, monnaie de l'Empire Romain,
- et l'epsilon
précédé d'un signe qui ressemble
à une virgule
est la façon dont les épigraphistes transcrivent
une
lettre,
normalement surmontée d'un trait, ou
soulignée,
ou les deux,
ce qui multiplie par mille la lettre simple.
Ainsi l'alpha correspond au 1, et l'alpha
précédé de ce signe correspond
à 1000.
Donc ici l'epsilon précédé du signe
correspond à 5000.
Vous me direz que sur la pierre il n'apparaît pas que cet
epsilon soit ni souligné, ni surmonté d'un trait.
Certes, mais une amende de 5 deniers n'aurait pas de sens !